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  • Photo du rédacteurStéphane CAVOIT

24 heures du mans 1994. La marque Bugatti revenait au Mans.

Cette année, sera célébré le trentième anniversaire de la participation de la Bugatti EB110SS aux 24 heures du Mans 1994. Cette voiture de sport emblématique produite par Bugatti Automobiles entre 1991 et 1995 a été conçue pour célébrer le 110éme anniversaire du fondateur de Bugatti, Ettore Bugatti. Elle était à l'époque l'une des voitures les plus avancées sur le marché, offrant des performances exceptionnelles et une ingénierie de pointe. Elle fut officiellement présenté au grand public le 15 septembre 1991.

Quelques années après le lancement de la voiture, Michel Hommell, grand patron du groupe de presse éponyme, et son associé Olivier Quesnel, futur directeur de Peugeot Sport de 2009 à 2012, se sont lancés dans un projet ambitieux : ramener la marque Bugatti aux 24 Heures du Mans. Pour concrétiser cette vision, ils ont fait appel à deux alliés de taille : José Rosinski, célèbre journaliste automobile et ancien pilote aux 24 Heures du Mans de 1960 à 1967, et British Motors Paris, l'importateur français de Bugatti.

Leur démarche a commencé par des discussions avec Romano Artioli, le propriétaire de Bugatti à l'époque, connu pour avoir ressuscité la marque en lançant la Bugatti EB110. Romano Artioli, convaincu par la passion et la vision des deux hommes a donna son feu vert pour ce projet ambitieux.

En 1993, la version la plus sportive de cette Bugatti, la EB110 SS, a été transformée en une machine de course afin de participer aux 24 Heures du Mans l’année suivante. Bien que l'usine Bugatti ne soit pas officiellement représentée dans ce projet, elle a joué un rôle crucial dans la préparation de la voiture. Bugatti a notamment préparé le moteur et envoyé plusieurs techniciens pour soutenir l'effort de course, parmi lesquels le responsable technique et pilote Dieter Gass, qui deviendra plus tard responsable d'Audi Motorsport en DTM. La préparation de la voiture a été confiée à deux entités expérimentées dans le domaine des courses d'endurance, à savoir Synergie dirigée par Lucien Monté et Philippe Bone et Meca Système sous la direction de Philippe Beloo. Elles ont toutes deux une riche expérience en ayant collaboré avec Rondeau et Venturi.

Les premiers tests se déroulent sur le circuit Paul Ricard avec le prototype S8. L'équipe en charge de la préparation de la Bugatti EB110 SS pour les 24 Heures du Mans décide alors de se concentrer sur deux objectifs principaux. Le premier concerne la modification du moteur V12 de 3,5 litres à 60 degrés. L'objectif est de réduire la puissance de ce moteur, initialement de 611 chevaux en version de série, pour atteindre les 600 chevaux réglementaires. Le 28 avril, la Bugatti EB110 SS LM reçoit son moteur aux spécifications de course, équipé de quatre brides d'admission aux quatre turbos, développant 600 chevaux à 6200 tr/min, avec un couple de 71 kgm à 5000 tr/min. Le second concerne la réduction du poids de la voiture. La Bugatti en version de série, pèse 1 570 kg, ce qui est considéré comme particulièrement lourd pour une voiture de course. Afin de la rendre plus compétitive, Bugatti envoie un châssis nu au mois de février, construit en carbone et équipé d'un toit en aluminium. Grâce à cette nouvelle structure et à divers allégements, 300 kilos environ sont supprimés, réduisant considérablement le poids de la voiture et améliorant ses performances sur la piste.

Les premiers essais de la Bugatti EB110 SS LM ont eu lieu sur les circuits de Varano et de Lurcy Lévis, permettant à l'équipe de peaufiner les réglages et d'évaluer les performances de la voiture dans des conditions variées. Ces sessions ont été cruciales pour identifier les ajustements nécessaires et garantir que la voiture serait prête pour les défis de la course d'endurance.

Le 5 mai 1994, la Bugatti EB110 SS LM arrive enfin au Mans pour les Essais Préliminaires des 24 Heures du Mans. Les pilotes Eric Hélary et Jean-Pierre Malcher sont chargés de mettre la voiture à l'épreuve sur le légendaire circuit de la Sarthe. Dès les premiers tours, ils démontrent que la Bugatti est non seulement compétitive mais également très performante, réalisant le cinquième meilleur temps lors de ces essais. Cette performance impressionnante confirme que les efforts de préparation ont porté leurs fruits et que la voiture est capable de rivaliser avec les meilleures de sa catégorie.

Engagée en catégorie GT1, la Bugatti se trouve face à une concurrence redoutable lors des 24 Heures du Mans 1994. La ligne de départ regroupe certaines des voitures de sport les plus emblématiques et performantes de l'époque. Parmi ses adversaires directs figurent des voitures de légende telles que la Ferrari F40, connue pour son design emblématique, quatre Venturi 600 LM, Nissan, Porsche, De Tomaso Pantera ainsi que Dodge Viper RT/10 notamment.

Pilotée par un trio de talentueux pilotes composé d'Eric Hélary, Alain Cudini et Jean-Christophe Boullion, la voiture réalise une belle performance lors des qualifications en enregistrant le 17éme temps avec un chrono de 4:16.940. Cette position prometteuse laissait entrevoir de belles perspectives pour la course. Dès le départ de la course, la Bugatti se montre fiable et performante, tournant "comme une horloge" selon les observateurs. Grâce à une stratégie soignée et à une conduite habile, l'équipe parvient à remonter progressivement dans le classement. À la mi-course, la voiture atteint la 7éme place au classement général, une performance remarquable compte tenu de la forte concurrence dans la catégorie GT1.

Les heures suivantes continuent d’être favorables pour la Bugatti. À la 15éme heure, elle se hisse à la 6éme place, démontrant non seulement sa vitesse mais aussi sa fiabilité sur la distance. Cette progression constante alimente l'espoir d'un bon résultat final, malgré les défis inhérents à une course d'endurance aussi exigeante.

Cependant, à partir de ce moment, la voiture a commencé à rencontrer des problèmes techniques. Le remplacement des deux turbos situés sur le côté gauche du V12 a marqué le début des ennuis. Ces interventions, combinées à un problème de tuyau et de nouveaux problèmes avec les turbos, ont nécessité plusieurs arrêts aux stands imprévus, ralentissant la progression de la voiture. Un début d'incendie est venu s'ajouter aux défis techniques, testant la résilience de l'équipe technique et des pilotes.

À moins d'une heure de l'arrivée, au 230ème tour, la Bugatti a subi un coup fatal. Jean-Christophe Boullion, au volant, a perdu le contrôle de la voiture dans la ligne droite des Hunaudières, à l'amorce du freinage de la première chicane, après avoir dépassé la Dodge Viper n°40. La voiture a heurté rudement le rail à l'extérieur avant de partir en toupie jusqu'à l'échappatoire. Les dégâts subis par la voiture étaient trop importants pour permettre une reprise de la course. La jante cassée et l'arbre de pont avant déformé ont rendu toute réparation impossible sur le moment.

À 15 h 45, il est officiellement annoncé que la Bugatti EB110 SS n°34 ne repartira pas. C’est une fin décevante pour une voiture qui avait démontré un potentiel impressionnant et une compétitivité remarquable tout au long de la course. Malgré les nombreux problèmes techniques et l'accident final, la Bugatti a prouvé qu'elle pouvait rivaliser avec des voitures de classe mondiale, y compris face aux redoutables Porsche Dauer 962, dont la n°36 a remporté l'épreuve.

A l'issue de la course des 24 Heures du Mans 1994, la Bugatti EB110 SS fut entièrement remise en état. Michel Hommell, l'un des instigateurs de ce projet ambitieux, a pris la décision de retirer la voiture de la compétition active. Reconnaissant la valeur historique et symbolique de ce véhicule unique, la voiture a trouvé une nouvelle demeure au Manoir de l'Automobile, le musée de Michel Hommell situé à Lohéac, en France.

Crédits photos : Stéphane CAVOIT / RACINGSHOOTS



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