Décès de Hans Herrmann (1928-2026).
- Stéphane CAVOIT

- 9 janv.
- 4 min de lecture
Disparition d’une légende du sport automobile et figure fondatrice de Porsche.
Le sport automobile perd l’un de ses derniers monuments. Hans Herrmann s’est éteint à l’âge de 97 ans. Pilote emblématique de l’après-guerre, premier vainqueur de Porsche aux 24 Heures du Mans et dernier pilote encore en vie à être monté sur un podium de Formule 1 dans les années 1950, l’Allemand laisse derrière lui un héritage immense. L’annonce de son décès a été faite par Porsche vendredi soir, à la veille de l’E-Prix de Mexico, où une livrée spéciale avait déjà été présentée en hommage à sa carrière hors norme.

Une vocation née de la passion et du sacrifice.
Né en 1928 à Stuttgart, Hans Herrmann se destinait d’abord au métier de boulanger. Mais très tôt, sa passion pour la course automobile prend le dessus. Admirateur de Rudolf Caracciola et Bernd Rosemeyer, figures mythiques du sport automobile allemand, il rêve de suivre leurs traces. En 1951, sa mère, consciente de cette vocation, fait un geste décisif : elle vend le bracelet en or offert autrefois par le père de Hans, assassiné en 1936. Grâce à cet argent, le jeune homme achète une Porsche 356 1100 cm³. En 1952, une carrière de pilote vient de naître.
Les premiers pas avec Porsche.
Rapidement remarqué, Herrmann attire l’attention de Porsche. Dès 1953, la marque de Stuttgart lui confie le volant aux 24 Heures du Mans. Les deux Porsche engagées terminent aux deux premières places de la catégorie Sport 1,5 litre. Pour Herrmann, encore novice au plus haut niveau, c’est une entrée remarquée dans le monde de l’endurance internationale.
Aux côtés des géants de la Formule 1.
Entre 1954 et 1955, Hans Herrmann rejoint l’écurie officielle Mercedes-Benz en Formule 1, dans le rôle de pilote junior. Il évolue alors aux côtés de légendes telles que Juan-Manuel Fangio et Stirling Moss. Son meilleur résultat reste une troisième place au Grand Prix de Suisse 1954. La même période le voit s’illustrer en sport automobile avec Mercedes, notamment aux Mille Miglia 1955 sur la redoutable 300 SLR, où il doit abandonner malgré un rythme comparable à celui de Moss.

Un an plus tôt, Herrmann s’était déjà fait remarquer lors de cette course mythique par un épisode devenu légendaire : surpris par la fermeture soudaine d’un passage à niveau, il décide de ne pas freiner et intime à son copilote Herbert Linge de se baisser. La Porsche 550 Spyder passe de justesse sous les barrières, quelques secondes avant l’arrivée du train. Une scène spectaculaire qui contribue à forger sa réputation d’audace… et de chance.
Une carrière marquée par les dangers et la résilience.
La suite de sa carrière en Formule 1 est plus contrastée. Engagé successivement avec Cooper, Maserati puis BRM, Herrmann ne parvient pas à s’imposer durablement. En 1959, lors du Grand Prix de l’AVUS à Berlin, la rupture des freins de sa BRM provoque un accident effroyable : éjecté de sa voiture, il glisse sur la piste tandis que le châssis part en tonneaux. Miraculé, comme lors de plusieurs autres accidents graves, il gagne alors le surnom de « Hans le chanceux ».
L’âge d’or en voitures de sport.
C’est en endurance et en sport-prototypes que Hans Herrmann connaît ses plus grands succès. De retour chez Porsche, il pilote la 718 aussi bien en Formule 2 qu’en version Sport, remportant notamment les 12 Heures de Sebring et la Targa Florio en 1960. Il quitte pourtant la marque début 1962, estimant ne plus bénéficier du même statut que Dan Gurney ou Jo Bonnier. De 1962 à 1965, il court pour Abarth dans des épreuves mineures et des courses de côte, avant de revenir chez Porsche en 1966. Les résultats suivent rapidement : podiums avec la Porsche 906, victoire aux 24 Heures de Daytona 1968 sur la 907, puis succès aux 12 Heures de Sebring aux côtés de Jo Siffert.
Le Mans, l’apothéose et l’adieu.
En 1969, Hans Herrmann passe à 120 mètres seulement d’une victoire au Mans, battu au terme d’un final resté dans l’histoire face à Jacky Ickx. Mais l’année suivante, il entre définitivement dans la légende. En 1970, au volant de la Porsche 917K qu’il a contribué à développer, il offre à Porsche sa toute première victoire au classement général des 24 Heures du Mans. Une course épique, disputée sous des conditions météorologiques extrêmes, avec un équipier diminué par les oreillons.

Ce triomphe restera son dernier départ en compétition. Fidèle à la promesse faite à son épouse et profondément marqué par la disparition de nombreux amis pilotes, Hans Herrmann décide de se retirer immédiatement du sport automobile. Avec sa disparition, c’est un témoin direct de l’âge héroïque du sport automobile qui s’éteint. Pilote courageux, pionnier de Porsche et survivant d’une époque où la course se jouait souvent au prix de la vie, Hans Herrmann demeure à jamais une figure majeure de l’histoire du sport automobile mondial.
Crédit photos : Stéphane CAVOIT / RACINGSHOOTS et MSN.COM



