24 Heures de Spa 2026. Porsche retrouve les sommets avec Lionspeed GP
- Stéphane CAVOIT

- 28 juin
- 5 min de lecture
Porsche renoue avec la victoire aux CrowdStrike 24 Heures de Spa. La marque allemande décroche un neuvième succès dans les Ardennes grâce à la 911 GT3 R EVO n°80 de Thomas Preining, Ricardo Feller et Bastian Buus. Une victoire exceptionnelle tant le scénario semblait improbable au départ, la voiture de Lionspeed GP ayant dû s'élancer depuis la voie des stands à la suite d'un changement de moteur effectué quelques jours avant le départ.

Une remontée magistrale depuis la voie des stands
Alors que les favoris se livraient bataille en tête dès les premières heures, la Porsche n°80 avançait dans l'ombre. Tour après tour, l'équipage de Lionspeed GP construisait méthodiquement sa remontée. Après six heures de course, la voiture figurait déjà parmi les quinze premiers. À H+10, elle n'accusait plus que dix-sept secondes de retard sur le leader.
La progression s'est poursuivie sans la moindre erreur. À H+16, la Porsche franchit un nouveau cap en dépassant successivement la BMW n°46 puis la Mercedes-AMG n°48 lors de la dernière vague de ravitaillements. Quelques instants plus tard, elle déborde même brièvement la Ferrari n°51 au freinage du Bus Stop, confirmant qu'elle est désormais une véritable candidate à la victoire.
Le tournant décisif intervient trois heures plus tard. À H+19, Bastian Buus laisse le volant à Thomas Preining lors d'un arrêt parfaitement exécuté par Lionspeed GP, l'équipe dirigée par le Français Sébastien Brueil, déjà artisan du succès de Comtoyou Racing en 2024. Grâce à un undercut parfaitement maîtrisé, l'Autrichien ressort idéalement placé avant de réaliser un spectaculaire double dépassement dans la ligne droite de Kemmel sur Lucas Auer (Mercedes n°48) et Matt Campbell (Porsche n°22 Schumacher CLRT). Dix-huit heures et trente-six minutes après être partie depuis la voie des stands, la Porsche n°80 prend les commandes de l'épreuve dans ce qui restera comme l'un des moments forts de cette édition.
Après la dernière série d'arrêts, Thomas Preining dispose d'une quinzaine de secondes d'avance. Une marge qu'il gère parfaitement jusqu'au drapeau à damier pour offrir à Porsche sa première victoire aux 24 Heures de Spa depuis le succès de GPX Racing en 2019.

La Ferrari n°51, héroïne malheureuse de cette édition
Si Porsche remporte la victoire, la Ferrari 296 GT3 EVO n°51 d'AF Corse restera sans doute comme la grande protagoniste de cette 78éme édition. Nicklas Nielsen, Alessio Rovera et Tommaso Mosca ont longtemps semblé intouchables. Dès le départ, la Ferrari impose son rythme et contrôle les opérations. Mais à H+3, un premier coup dur survient avec une pénalité de quinze secondes pour excès de vitesse sous Full Course Yellow. Malgré cette sanction, l'équipe parvient à conserver les commandes après avoir purgé sa pénalité une heure plus tard. Le véritable tournant intervient à H+5. Victime d'une crevaison arrière droite alors qu'il mène la course, Nicklas Nielsen est contraint de parcourir les 7,004 kilomètres du circuit de Spa-Francorchamps au ralenti. Son tour en 4 minutes et 41 secondes fait plonger la Ferrari à la 43e position, à plus d'un tour des leaders. Beaucoup pensent alors que la victoire s'est envolée.
Pourtant, la Ferrari signe une remontée spectaculaire durant toute la nuit. À H+19, Tommaso Mosca revient au contact des leaders et attaque avec détermination la Mercedes n°48. Mais un nouveau contact provoque une seconde crevaison qui ruine définitivement les espoirs de victoire. Une pénalité de cinq secondes pour un accrochage avec la Porsche n°2, suivie d'une nouvelle sanction lors d'un arrêt ultérieur, viennent définitivement compromettre les chances de succès. Malgré tous ces incidents, Alessio Rovera ramène finalement la Ferrari sur la troisième marche du podium. Un résultat remarquable au regard des nombreuses péripéties rencontrées, mais qui laisse d'immenses regrets tant la n°51 semblait disposer du rythme nécessaire pour s'imposer.
Une lutte intense pour les places d'honneur
Derrière la Porsche victorieuse, la bataille pour les deux autres places du podium s'est prolongée jusqu'aux derniers kilomètres. Lucas Auer, Maro Engel et Luca Stolz offrent finalement la deuxième place à la Mercedes-AMG GT3 EVO n°48 du Mercedes-AMG Team MANN-FILTER. Dans l'ultime heure, Alessio Rovera tente encore un undercut sur la Mercedes, mais Auer ressort devant après son dernier arrêt. La Ferrari est ensuite retardée par la Mercedes n°87 de Winward Racing dans le Raidillon et ne parvient jamais à trouver l'ouverture durant les quarante dernières minutes.

Schumacher CLRT échoue au pied du podium
La Porsche n°22 de Frédéric Makowiecki, Ayhancan Güven et Matt Campbell termine quatrième après avoir longtemps figuré dans le trio de tête. Une pénalité de cinq secondes consécutive à un contact avec la Porsche n°2 de Boutsen VDS lui coûte probablement une place sur le podium.
La Ferrari n°50 de Lilou Wadoux, Sean Gelael et Arthur Leclerc complète le Top 5 devant la BMW M4 GT3 EVO n°46 du Team WRT de Valentino Rossi, Dan Harper et Max Hesse.
Septième, l'Aston Martin Vantage GT3 n°34 de Walkenhorst Motorsport réalise une superbe remontée après les dommages subis dès le premier tour. La Porsche n°2 de Boutsen VDS prend la huitième place malgré un arrêt destiné à remplacer son capot avant, tandis que la BMW n°98 de ROWE Racing termine neuvième après une crevaison et une stratégie contrariée par une neutralisation.

Ferrari domine les catégories
Ferrari décroche la Bronze Cup grâce à la n°74 de Kessel Racing de Mathys Jaubert, Dennis Marschall, Dustin Blattner et Ben Tuck, brillante dixième du classement général.
La Gold Cup revient à la BMW n°998 de ROWE Racing devant la Porsche n°10 de Boutsen VDS et la McLaren n°4 d'Optimum Motorsport.
En Silver Cup, la Ferrari n°45 de Rinaldi Racing s'impose devant la BMW n°30 du Team WRT et la Ferrari n°52 d'AF Corse, tandis que la Corvette Z06 GT3.R n°0 de JMR remporte la catégorie Pro-Am.
Une édition riche en rebondissements
Les abandons n'ont pas épargné les favoris. McLaren a perdu ses deux voitures Garage 59, la n°59 sur casse de suspension et la n°58, longtemps leader en Gold Cup, sur un problème de radiateur.
Le Team WRT devra encore patienter avant de renouer avec la victoire à Spa. La BMW n°3 de Charles Weerts, Jordan Pepper et Kelvin van der Linde, rapidement retardée par un accrochage au départ, a finalement vu ses derniers espoirs s'envoler en s'immobilisant dans le dernier tour au virage n°9.
Mercedes a également connu plusieurs désillusions. La n°3 de Verstappen Racing a souffert d'un problème de surchauffe moteur après un contact dans la voie des stands avec la Ferrari n°51, tandis que la n°17 de Getspeed a vu sa course compromise par une crevaison dès les premières heures.
Chez Aston Martin, les quatre voitures Comtoyou Racing ont abandonné, notamment après les sorties de piste de Nicki Thiim, Sarah Bovy et Sébastien Baud.

Au terme d'une édition particulièrement disputée, cette 78éme édition des 24 Heures de Spa aura tenu toutes ses promesses. Entre remontées spectaculaires, rebondissements stratégiques, neutralisations, crevaisons et lutte acharnée pour le podium jusqu'aux derniers kilomètres, la classique ardennaise a une nouvelle fois confirmé son statut de plus grande course GT au monde. En remportant l'épreuve après un départ depuis la voie des stands, Lionspeed GP et Porsche entrent dans l'histoire avec l'une des victoires les plus marquantes de ces dernières années. Un succès construit avec patience, intelligence stratégique et une exécution sans faille, qui récompense une équipe ayant su transformer un handicap initial en exploit mémorable.
Crédit photos : Sébastien KRINGS / RACINGSHOOTS



