WEC. Alpine Hypercar : gagner… puis s’arrêter ?
- Stéphane CAVOIT

- 30 janv.
- 3 min de lecture
Performante et enfin victorieuse, l’A424 progresse sur la piste tandis que le projet Hypercar vacille en coulisses. Alors que la marque française vient de franchir un cap sportif majeur en Championnat du monde d’endurance, son avenir en catégorie Hypercar n’a sans doute jamais semblé aussi fragile. Un paradoxe seulement apparent, tant les enjeux qui se jouent aujourd’hui dépassent largement le cadre de la piste. Officiellement, le programme Hypercar d’Alpine n’est validé que jusqu’à la saison 2026. Une échéance qui, de plus en plus, ressemble à une ligne de rupture. En interne, la question n’est plus comment gagner, mais bien pourquoi continuer, alors même que la dynamique sportive est enfin au rendez-vous.

L’A424, de l’apprentissage à la maturité
Engagée depuis 2024 avec l’Alpine A424, une Hypercar LMDh basée sur un châssis Oreca, la marque de Dieppe a longtemps avancé à contretemps. Les débuts ont été marqués par une fiabilité capricieuse, une mise au point délicate et un apprentissage accéléré face à des constructeurs déjà parfaitement installés. Mais en 2025, la courbe s’est inversée. Alpine a terminé quatrième du championnat constructeurs WEC, avec trois podiums à la clé, dont une victoire de référence à Fuji. Un symbole fort : c’est déjà sur le circuit japonais que l’A424 avait décroché son premier podium dès 2024. Depuis, la progression est continue. Longtemps critiqué, le V6 turbo a gagné en constance et en endurance. L’ensemble du package technique a atteint une vraie maturité. Sur le strict plan sportif, Alpine est clairement sur la bonne trajectoire. Les résultats sont là, la crédibilité aussi.

Une équation industrielle et commerciale de plus en plus fragile
Derrière les performances, la réalité est beaucoup plus froide. Le premier point de crispation concerne Viry-Châtillon. Site historique de la Formule 1 française, l’usine a vu s’arrêter la production des moteurs F1. Depuis les 24 Heures du Mans 2025, elle assemble les V6 de l’Hypercar A424, mais son rôle industriel à long terme demeure flou. Repositionné comme le cœur d’« Hypertech Alpine » après la fin de la F1, Viry peine encore à trouver une trajectoire claire et pérenne. Une éventuelle fin du programme Hypercar serait, à n’en pas douter, un nouveau coup très dur pour un site déjà fragilisé.
Le second facteur est commercial. Malgré une croissance spectaculaire des ventes en 2025 (+134 %), portée par les lancements des A290 et A390, Alpine reste une marque structurellement fragile. L’image progresse, la notoriété aussi, mais la rentabilité du programme endurance demeure sous surveillance étroite au sein du groupe Renault. Dans un contexte de transition vers le tout électrique, avec des investissements lourds à consentir et une expansion internationale encore incertaine, le sport automobile redevient une variable d’ajustement. Même les succès ne suffisent plus à sanctuariser un programme.

2026, une saison sous condition
Un signal fort est récemment apparu en coulisses. La publication officielle de la liste des engagés WEC a été retardée d’une semaine. Officiellement pour des raisons liées à Porsche. Officieusement, Alpine attendait une validation interne pour prolonger son engagement au-delà de 2026. Rien n’était acquis. Rien ne l’est encore aujourd’hui. Sauf revirement stratégique majeur, la saison 2026 pourrait bien être la dernière d’Alpine en Hypercar. Une hypothèse d’autant plus cruelle que la marque commence tout juste à récolter les fruits de son travail, après deux années de construction patiente. La nomination de François Provost à la direction générale de Renault renforce cette lecture. Reconnu pour sa rigueur financière et son approche rationnelle des investissements, il n’est pas identifié comme un défenseur historique de la compétition automobile. Un élément de contexte qui pèse lourd dans les arbitrages à venir.

Des signaux humains inquiétants
Dans ce climat d’incertitude, les rumeurs de départs en interne prennent une résonance particulière. Bruno Famin, actuel vice-président Motorsport d’Alpine, serait sur le départ. Arrivé à Viry-Châtillon en 2022, il a successivement dirigé Alpine Racing, Alpine Motorsports, puis l’équipe de Formule 1 avant de superviser l’ensemble des programmes sportifs hors F1, dont l’endurance et le rallye-raid. Autre nom évoqué avec insistance : François Champod, directeur adjoint Motorsport d’Alpine et figure de longue date de Renault Sport. Son éventuel départ marquerait un tournant symbolique, tant il incarne la continuité technique et sportive du groupe. À ce stade, aucune décision officielle n’a été annoncée. Mais l’alignement des signaux sportifs positifs, industriels incertains, commerciaux contraignants et humains instables, dessine un scénario préoccupant.
Ironie ultime : Alpine n’a jamais été aussi compétitive en Hypercar… et jamais aussi proche de couper le moteur.
Crédit photos : Willy CHANTELOUP / RACINGSHOOTS



