Derek Bell fête ses 85 ans. Une légende de l’endurance indissociable de Porsche.
Il fait partie des grandes figures qui ont marqué de leur empreinte l’histoire des 24 Heures du Mans et du championnat du monde d’endurance. Ce samedi 31 octobre 2026, Derek Bell célèbre ses 85 ans. Un anniversaire qui offre l’occasion de revenir sur le parcours exceptionnel de ce pilote britannique, dont le nom reste intimement associé aux plus belles heures de Porsche en compétition. Né le 31 octobre 1941 à Pinner, dans la banlieue de Londres, Derek Bell découvre progressivement le sport automobile à travers les compétitions britanniques. Après ses premières expériences en courses de clubs, il gravit les échelons en passant par la Formule 3 puis la Formule 2, avant de s'imposer comme l'un des spécialistes des courses d'endurance.

Sa première participation aux 24 Heures du Mans remonte à 1970. Il partage alors le volant d'une Ferrari 512 S avec le Suédois Ronnie Peterson, mais leur course s'achève prématurément à la suite d'un accident. Un an plus tard, il découvre véritablement l'univers Porsche en prenant le départ de la classique mancelle avec Jo Siffert sur une spectaculaire 917 LH. Cette voiture, conçue pour atteindre des vitesses impressionnantes dans les longues lignes droites, lui permet notamment de découvrir les sensations d'une machine capable de dépasser les 390 km/h dans les Hunaudières. Cette première expérience avec Porsche marque le début d'une relation qui va profondément façonner sa carrière.
Une association mythique avec Porsche
Après plusieurs saisons consacrées à différentes disciplines et constructeurs, Derek Bell trouve progressivement sa place parmi les références mondiales de l'endurance. Sa première victoire au Mans intervient en 1975, sur une Mirage GR8 partagée avec Jacky Ickx. Une collaboration qui se poursuivra avec succès quelques années plus tard. En 1977 et 1978, le Britannique participe également au développement du programme Renault en endurance, avec deux engagements aux 24 Heures du Mans qui se soldent malheureusement par des abandons.
C'est toutefois avec Porsche que Bell va connaître les moments les plus glorieux de sa carrière. L'arrivée des prototypes du Groupe C au début des années 1980 ouvre une nouvelle ère technologique. Les Porsche 956 puis 962 révolutionnent la discipline grâce à leur aérodynamique particulièrement élaborée, leur effet de sol et leur motorisation turbocompressée.
Dans un championnat où la vitesse pure doit constamment être conciliée avec la gestion de la consommation de carburant, Bell fait merveille. Sa régularité, sa finesse de pilotage et sa compréhension des voitures en font un équipier particulièrement recherché.
Aux côtés de pilotes prestigieux comme Jacky Ickx, Hans-Joachim Stuck ou Al Holbert, il accumule les succès. Son association avec Ickx restera notamment l'une des plus marquantes de cette période.
En 1981, les deux hommes remportent ensemble les 24 Heures du Mans au volant d'une Porsche 936. Bell poursuit ensuite sa moisson de victoires avec la 956 en 1982, avant de s'imposer de nouveau en 1986 et 1987 avec la Porsche 962. Ces quatre succès sous les couleurs de la marque allemande viennent compléter son palmarès manceau, qui compte cinq victoires au total. Derek Bell décroche également deux titres de champion du monde d'endurance consécutifs, en 1985 et 1986, confirmant son statut de référence internationale de la discipline.
Daytona, autre terrain de prédilection
Le talent du pilote britannique ne se limite pas aux circuits européens. Outre-Atlantique, il se distingue également lors des grandes épreuves d'endurance américaines, notamment aux 24 Heures de Daytona. Il remporte cette course à trois reprises, en 1986, 1987 et 1989, à chaque fois au volant d'une Porsche 962. Des succès qui témoignent de sa capacité à s'adapter aux spécificités des courses de longue durée, quel que soit le continent.

Parmi les souvenirs les plus personnels de sa carrière figure également sa participation aux 24 Heures du Mans 1992 avec son fils Justin Bell. Associés à Tiff Needell sur une Porsche 962 C, père et fils terminent l'épreuve à la 12éme place. Une expérience familiale particulièrement marquante pour celui qui avait consacré une grande partie de sa vie à la compétition.
Une fidélité intacte à l'univers Porsche
Même après avoir progressivement tourné la page de sa carrière professionnelle, Derek Bell n'a jamais véritablement quitté le monde de l'endurance. Toujours proche de Porsche, il participe régulièrement à des rassemblements historiques, des présentations et différentes manifestations consacrées au patrimoine de la marque. Son regard sur cette époque reste empreint d'une grande affection pour les hommes et les machines qui ont construit cette histoire. Lors d'une rencontre organisée pour célébrer les 40 ans du Groupe C, il avait résumé cette période intense par une formule évocatrice : « Nous avons travaillé comme des fous. » Une phrase qui illustre parfaitement l'engagement des pilotes, ingénieurs et mécaniciens ayant participé à l'aventure des Porsche 956 et 962.

Ses anecdotes sur les performances de la 917 LH, notamment les 396 km/h atteints dans les Hunaudières, restent également parmi les souvenirs marquants qu'il aime partager. Il comparait volontiers les accélérations de ce prototype à celles d'un avion au moment du décollage. Sa dernière apparition aux 24 Heures du Mans remonte à 1996. Il dispute alors sa dernière course dans la Sarthe au volant d'une McLaren F1 GTR engagée par David Price Racing, avec Olivier Grouillard et Andy Wallace. Le trio décroche une remarquable cinquième place en catégorie GT1.
En 26 participations à la classique mancelle, Derek Bell n'aura abandonné qu'à sept reprises, une statistique qui témoigne de sa remarquable constance au plus haut niveau. Installé aujourd'hui en Floride, le Britannique demeure une personnalité incontournable de l'histoire des 24 Heures du Mans et de Porsche Motorsport. De la mythique 917 aux prototypes du Groupe C, son parcours traverse plusieurs générations de voitures et de technologies.

À 85 ans, Derek Bell reste bien davantage qu'un immense palmarès : il incarne une époque majeure de l'endurance, celle des grandes batailles, des machines légendaires et des équipages qui ont contribué à écrire la légende du Mans.
Crédit photos : Stéphane CAVOIT / RACINGSHOOTS






