Superbike Magny-Cours. Bulega règne sans partage.
- Alicia Quénard
- il y a 1 heure
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A Magny-Cours, Nicolò Bulega n’a laissé que des miettes à ses adversaires. Vainqueur des deux manches du week-end, le pilote Ducati a une nouvelle fois démontré qu’il évoluait actuellement dans une autre dimension. Et si son talent ne fait aucun doute, son arrivée en MotoGP en 2027 est déjà très attendue. L’écrasante domination du pilote italien pose aussi une question devenue récurrente : où est passé le spectacle en Superbike ?

Avec désormais 26 victoires en 27 courses cette saison, Bulega poursuit une série qui confine à l’irréel. À Magny-Cours, même les événements les plus imprévisibles n’ont pas réussi à modifier le scénario. Dans les deux courses, la Ducati n°11 a rapidement pris le large, laissant derrière elle un peloton incapable de suivre son rythme.
Une Course 1 mouvementée, mais un scénario immuable
La première manche avait pourtant commencé sous le signe de l’incertitude. Parti de la pole position pour la neuvième fois en neuf manches, Bulega avait déjà affiché ses ambitions en qualifications en pulvérisant l’ancien record absolu de Toprak Razgatlioglu. Iker Lecuona a bien tenté de s’accrocher à la Ducati dans les premiers tours. Mais comme trop souvent cette saison, la résistance espagnole n’aura été que de courte durée. Après deux tours, Bulega a progressivement augmenté le rythme avant de s’échapper inexorablement.

La course a ensuite été interrompue par l’impressionnant accident de Tommy Bridewell. Relégué en dernière position sur la grille après avoir été pénalisé pour non-respect des drapeaux jaunes en essais, le Britannique est parti tout droit à l’approche de la courbe du Lycée et a violemment percuté les protections. Un accident qui a immédiatement rappelé celui de Toprak Razgatlioglu au même endroit deux ans auparavant. Heureusement, Bridewell s’en est sorti avec quelques égratignures au menton, tandis que sa Ducati a été lourdement endommagée. Après la remise en place des protections gonflables, les pilotes ont repris la piste pour seulement douze tours. Une nouvelle course sprint dans laquelle Bulega n’a pas tardé à reprendre ses habitudes. Le pilote Ducati a amélioré à deux reprises le record officiel et s’est envolé vers une victoire qui ne souffrait aucune contestation. Derrière lui, Sam Lowes a pris la troisième place, tandis que Ducati a réalisé un nouveau carton plein en plaçant quatre machines aux quatre premières positions. Yari Montella complétait ce formidable tir groupé.

Course 2 : Bulega seul au monde
La deuxième manche n’aura même pas offert le maigre suspense entrevu lors de la première. Auteur d’un départ parfait, Bulega a immédiatement pris les commandes et n’a plus jamais été inquiété. Cette fois, Iker Lecuona n’a même pas eu l’occasion de tenter l’un de ces dépassements provisoires qui donnent habituellement l’illusion d’une bataille avant que l’Espagnol ne soit contraint de laisser filer la Ducati.

Le leader du championnat a rapidement creusé l’écart, au point que ses poursuivants semblaient évoluer dans une autre catégorie. Les secondes se sont accumulées et, une nouvelle fois, Bulega s’est retrouvé seul face au chronomètre. Mais la course a encore été interrompue avant son terme. Un nouvel accident de Tommy Bridewell a provoqué un drapeau rouge, nécessitant une nouvelle intervention sur les protections gonflables. Avec deux tours restant à parcourir, la direction de course a finalement mis un terme à la manche. Bulega n’avait donc même pas besoin d’aller chercher la victoire jusqu’au drapeau à damier : son avance était déjà suffisante. Derrière lui, le spectacle n’était guère plus réjouissant. Ducati a une nouvelle fois imposé sa loi et six machines de la marque italienne ont franchi la ligne en file indienne. Une image particulièrement révélatrice de l’emprise actuelle du constructeur de Borgo Panigale sur le championnat.

Des statistiques qui donnent le vertige
A défaut d’une lutte acharnée en piste, les chiffres permettent de mesurer l’ampleur de la domination de Bulega. Depuis ses débuts en Superbike, l’Italien a disputé 99 courses et remporté 46 victoires, soit près d’une victoire sur deux. Plus impressionnant encore, il est monté sur le podium à 83 reprises et n’en a été absent qu’à seize occasions. Mais c’est surtout son bilan récent qui paraît presque irréel.

En 2026, Bulega compte désormais 26 victoires en 27 courses, son seul résultat inférieur à une victoire étant une deuxième place obtenue à Zeltweg. En ajoutant les quatre succès décrochés lors de la fin de la saison 2025, le pilote Ducati affiche donc 30 victoires lors de ses 31 dernières courses.
Difficile de faire mieux.
La domination est également collective. Ducati reste sur 31 victoires consécutives en Superbike. La marque italienne n’est désormais plus qu’à six succès du record absolu de la plus longue série victorieuse de l’histoire du championnat. Sauf retournement de situation improbable, ce record semble donc lui tendre les bras.
La domination d’un pilote n’est évidemment pas une nouveauté en Superbike. L’histoire du championnat a connu plusieurs périodes marquées par la suprématie d’un seul homme, à commencer par celle de Carl Fogarty dans les années 1990. Mais à cette époque, même lorsque le même pilote remportait régulièrement les courses, la bataille restait intense. Les rivalités, les dépassements, les personnalités et les différences techniques donnaient au championnat une identité propre. C’était précisément ce qui faisait la force du Superbike : une catégorie spectaculaire, proche des motos de série et surtout capable de proposer un spectacle différent de celui du MotoGP. Aujourd’hui, le championnat semble progressivement s’être éloigné de cette identité. À force de vouloir se rapprocher de la catégorie reine, la Superbike risque de perdre ce qui faisait son caractère.
Bulega n’est évidemment pas responsable de cette situation. Il réalise une saison exceptionnelle, avec une régularité et une efficacité dignes des plus grands champions. Mais lorsque le suspense disparaît presque systématiquement avant même la mi-course, le problème dépasse largement la performance d’un seul pilote. À Magny-Cours, Bulega a encore gagné. Deux fois. Mais au-delà des victoires, c’est surtout l’écart avec ses adversaires qui interpelle.

Un mois de septembre décisif
Bulega pourrait désormais connaître un mois de septembre particulièrement important, aussi bien en Superbike qu’en vue de son avenir. Son passage en MotoGP avec la Ducati 850 du team VR46 devrait être officialisé prochainement. Avant cela, le pilote italien doit participer à une journée d’essais à Crémone le 10 septembre, aux côtés de la majorité des équipes engagées en Championnat du monde Superbike. Puis, du 25 au 27 septembre, le championnat retrouvera justement le circuit lombard pour la dixième manche de la saison. Une nouvelle occasion pour Bulega de mettre définitivement la main sur le titre. Avec une avance désormais considérable et une domination aussi écrasante, Crémone pourrait bien devenir le théâtre du sacre.

Il restera ensuite deux rendez-vous sur la péninsule Ibérique, à Estoril puis Jerez. Deux manches qui pourraient n'avoir d'autre enjeu que les places d’honneur derrière un champion déjà couronné. A moins qu’un adversaire ne trouve enfin la clé pour arrêter la machine Ducati. Pour l’instant, Bulega règne. Et personne ne semble en mesure de lui contester le trône.
Crédit photos : Bruno GAGLIARDI / Fabrice GUYON / RACINGSHOOTS





